Foutez-vous la paix ! - Frédéric Midal


Les plus perspicaces l'auront deviné au titre, il s'agit d'un livre "coup-de-gueule" selon la formule à la mode (vous avez remarqué que maintenant tous les livres sont soit des livres "coup-de-gueule" soit des livres "coup-de-poing" ? C'est vrai que ça fait plus d'effet qu'un livre "coup-de-mou"). Et vous imaginez bien qu'un livre "coup-de-poing" écrit par un bouddhiste, ça ne pouvait qu'interpeller votre fidèle servante. 

Encore que je ne sois pas sûre que Frédéric Midal soit bouddhiste. Reste, qu'il a fondé l'Ecole Occidentale de la Méditation et qu'il a le crâne rasé, donc on n'en est pas totalement éloigné non plus. C'est pas comme s'il était Président de la Fédération Française de Zumba, par exemple. 

Et la méditation, il en est beaucoup question dans ce livre. Frédéric Midal évoque notamment le process de transformation dont la méditation a fait l'objet au cours des dernières années afin d'en livrer une version célophanée, prête à consommer, garante d'un bénéfice consommateur immédiat : plus de calme pour plus d'efficacité. 

D'ailleurs, parlons-en de cette injonction au calme qui condamne l'expression de la colère comme un manque de civilité, de pondération. Heureusement qu'il y a des manuels pour apprendre "à arrêter de râler", car c'est bien connu, les Français sont râleurs, et s'il s'agit d'une femme ça peut carrément être signe d'hystérie. Quitte à oublier les vertus de la colère et la nécessité de son expression. Tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime, disait l'autre. Et donc plutôt que de pousser une bonne vieille gueulante des familles, on se contraint à la paix intérieure, arborant un sourire monalisesque synonyme de sérénité, allant même jusqu'à poster sur Instagram des slogans du type "Kill them with Kindness". Le terrorisme version bisounours. 

Mais je m'égare. Plus globalement, Frédéric Midal s'insurge, à juste titre, contre la marketisation du "développement personnel" et la façon dont ces différentes techniques revues à la sauce "application payante" ou "partage sur les réseaux sociaux" sont, en plus d'éteindre notre authenticité, une façon de prêter allégeance à la sacro-sainte performance. 

Car qu'il s'agisse d'articles aux titres alléchants comme "Les 10 habitudes des gens vraiment heureux" ou de best-sellers mondiaux qui vous enjoignent de vous lever une heure plus tôt pour pratiquer diverses activités préconisées par "ceux qui ont réussi", il est ironique de constater que ces solutions vous permettront de "booster votre efficacité" et de "reprendre le contrôle" de votre vie. Pour devenir une meilleure version de vous-mêmes. 

Une façon de suggérer que si fatigue, tension, stress ou souffrance il y a, c'est que le problème vient de vous. Et que ça ne résulte pas de principes délétères élevés au rang de normes : toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite. Et si, en plus de se foutre la paix, on nous foutait la paix aussi ? 


Foutez-vous la paix ! par Frédéric Midal - Flammarion
"L'injonction sociale nous intime d'être un rouage dans une machine, parfaitement calmes, complètement lisses, pleinement efficaces, souriants, sans émotions ni problèmes, du matin jusqu'au soir". 

"L'objectif de la méditation est de nous faire rentrer en rapport avec la réalité telle qu'elle est, donc de nous foutre la paix pour pouvoir accepter de vivre ce que nous vivons, comme nous le vivons. Calmement ou pas, peu importe". 

"L'obsession de la rationalité est d'autant plus effrayante qu'elle ne répond plus guère à l'existence légitime de la raison, mais à la dictature de l'efficacité (...). La méditation est en train de participer à cette rationalisation totalitaire. Méditer pour être plus efficace, plus rentable, n'avoir plus aucun état d'âme. Être conscient de tout pour mieux tout contrôler". 

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