La nuit, la mer n'est qu'un bruit - Andrew Miller

C'est l'histoire d'une histoire d'amour où l'amour ne s'exprime pas. Ou en tout cas, sans réciprocité. Pas nécessairement qu'il ne soit pas partagé, en fait, on n'en sait même rien, mais il ne se manifeste que du côté de Tim. Ce qui, on peut s'y attendre, le plonge dans un certain désespoir, dans une solitude que Maud ne perçoit même pas. 

Et justement, Maud, dans tout ça ? 

Et bien, c'est tout le mystère de ce roman. Tout au long du récit, Maud reste un personnage fuyant, mystérieux, insaisissable. A la fois assertive et absente. Aucune émotion ne semble jamais la traverser. Jamais de colère, de tendresse, de joie. A quelques moments, fugaces, on devine de la tristesse. Parfois. Peut-être. 

La présence de Maud dans ce récit est marquée par son absence. Et ça m'a un peu dérangée. 

J'ai aimé la première partie du roman, qui est construite autour des difficultés relationnelles de Maud, en particulier autour de son couple bancal. Mais s'agit-il vraiment de difficultés relationnelles ? Plutôt une incapacité à entrer en relation avec qui que ce soit. Sans que, manifestement, cela n'engendre de tristesse chez elle. Non, c'est plutôt pour les autres, que le problème se pose. Ceux qui, comme Tim, essaie de rentrer dans sa vie, et qui, malgré la promiscuité apparente, physique parfois, ne parviennent même pas à l'effleurer. 

Il y a quand même quelque chose qui trouve grâce dans le coeur de Maud : c'est la navigation. La mer, son bateau, eux seuls semblent parvenir à se lier à elle, à l'emporter, à lui permettre de baisser la garde. Et de lever le voile (ou la voile ?) sur quelques fragments de son passé, qui, s'ils peuvent vaguement donner quelques pistes sur le pourquoi de cette atrophie émotionnelle, n'entame rien du mystère autour de Maud. 

Et justement, j'aurais aimé apprendre à la connaître davantage. J'ai terminé le livre en ayant le sentiment d'être passée, moi aussi, comme tous les personnages de ce roman, à côté d'elle. Je n'ai même pas pu avoir de l'antipathie pour elle. Comme la mer, c'est comme si tout glissait sur elle. 

J'ai également été mise à distance par la structure du récit. Si le premier tiers se concentre sur la vie terrestre de Maud et de son couple, le roman dérive ensuite sur des aventures maritimes. J'y ai retrouvé des échos du Vieil Homme et la Mer et de Sa Majesté des Mouches, et je m'y suis ennuyée, en particulier quand il était question de descriptions techniques, bourrées de jargon maritime, donnant lieu à des phrases telles que : "Il y a un génois qu'elle pourrait baguer sur le faux-étai (...). Un autre foc, qui a déjà été bien réparé autour de l'armure et un petit tourmentin, passablement raide et buriné, mais sans signe de faiblesse apparent". Les descriptions techniques, très nombreuses, se rajoute au personnage hologrammatique de Maud pour donner un récit qui manque de corps, de chair, de substance. 

J'aurais préféré qu'Andrew Miller recentre sa narration sur l'histoire de Maud et Tim, qu'il aille plus loin dans l'analyse de leur relation, de leur solitude respective, et qu'il raconte, avec sa plume à lui, à quel point on peut se sentir seul-e quand on est mal accompagné-e. 

La nuit, la mer n'est qu'un bruit par Andrew Miller - Editions Piranha (à paraître le 24 août 2017)

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J'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat avec NetGalley. Je remercie la maison d'édition Piranha de m'avoir permis de le découvrir. Il s'agit d'une chronique entièrement rédigée pour le blog Ramona Lisa et toutes les opinions exprimées sont les miennes. 

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